Association universitaire d'études drômoises
L'AUED est une association reconnue d'utilité publique qui édite Études drômoises, la revue du patrimoine de la Drôme

Une jeune fille dans les maquis du Vercors

par AUED

Témoignage de Jeanine Delpeuch

Études drômoises n° 63 (octobre 2015)
pp. 10 à 15

Résumé d’après l’article

Les premiers actes de résistance que j’ai commis semblent, avec le recul, tout à fait dérisoires parce que nous ne sommes plus dans le contexte. Mais à cette époque, aucun acte, aussi petit soit-il, n’était dérisoire.
Au cours de l’année 1943, Jacques, mon frère aîné, m’a demandé de l’aider à se procurer les cachets de la Préfecture, indispensables à la validité des cartes d’identité. C’est ainsi qu’avec une amie qui y était secrétaire j’ai appris à voler ces cachets.

En 1944, j’ai été contactée par un réseau – le réseau Bourgogne – qui m’a demandé de lui fournir des renseignements sur les installations allemandes à Valence et dans les environs.

Je distribuais aussi dans les boites aux lettres, à temps perdu, (car en même temps j’allais au collège et préparais le bac que j’ai passé le 6 juin 1944) les Cahiers du Témoignage Chrétien, journal clandestin.

En tant qu’éclaireuse unioniste, j’avais suivi une formation de secouriste. Je faisais donc partie « des équipes d’urgence » où se mêlaient aussi scouts et éclaireurs de France. Nous devions, toutes les fois que les sirènes sonnaient l’alarme, nous rendre avec notre matériel de secours à un poste désigné.

Fin juin 1944, la répression s’accentua. Un soir, rentrant d’une mission à Saint-Donat, je trouvais à la porte de notre maison, en bas, sur le trottoir, Madeleine Barrot, la responsable de la CIMADE qui me dit : « Ne rentrez pas chez vous, la gestapo y est et vous attend ». C’était sept heures du soir, où aller sans risquer de compromettre qui que ce soit ? J’étais à la rue, sans argent, sans vêtement, sans rien, complètement seule. Je me suis alors réfugiée chez un officier de l’A.S. le capitaine Jacquot avec qui j’avais été en rapport pour des missions et dont je connaissais l’adresse.

Nous avons convenu, étant donné les circonstances, que le mieux pour moi était de disparaître et de gagner le maquis, le plus vite possible. Par le capitaine Jacquot je fus mise en rapport avec le commandant Antoine Bénézech dont le P.C. était à Combovin.

J’eus l’occasion d’assister à la cérémonie du 14 juillet à Die sur la place de la cathédrale en présence d’Yves Farge représentant le Conseil National de la Résistance et le Général de Gaulle.

Je décidais ensuite de gagner l’Escoulin où se trouvait le P.C. du colonel Delassus et de me mettre à sa disposition comme agent de liaison.

Puis j’intégrais le camp du Sanglier ; camp étonnant, formé de tous les hommes de 17 à 60 ans (les pères et les fils) du village d’Étoile, qui avaient pris le maquis le 6 juin 1944 avec leur chef, le capitaine Planas, docteur et maire du village. Ils étaient remarquablement disciplinés. Au récit de mes aventures, la capitaine Planas – dit le Sanglier – me dit de rester : « tu restes avec nous, un agent de liaison nous sera précieux ».

En novembre 1944, nous sommes montés à Vassieux avec tout un groupe d’habitants de Die et de Marignac. Nous avons pu mesurer l’ampleur du désastre. Tout était détruit, brûlé, dévasté. Rien ne subsistait du village et des hameaux.

Ces années sont des années que pour rien au monde je voudrais ne pas avoir vécues. Je sais que le bien le plus précieux pour une femme ou un homme, c’est la liberté et que c’est un combat qui vaut qu’on y risque sa vie.

À Vaunaveys, en juin 1944

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