Association universitaire d'études drômoises
L'AUED est une association reconnue d'utilité publique qui édite Études drômoises, la revue du patrimoine de la Drôme

Chroniques naturalistes du Haut-Diois

par AUED

Une colline, trois biotopes

Cette rubrique, alimentée chaque trimestre par Philippe Haeringer, rend compte des observations faites sur un petit territoire mis en réserve entre vignes et lotissements. Sur cet îlot de landes et de terres autrefois abandonnées, l’objectif poursuivi est double : 1° découvrir la richesse d’une rencontre exceptionnelle de trois influences climatiques (continentale, montagnarde, méditerranéenne), 2° évaluer la capacité de résistance de cette biodiversité menacée, élément primordial du patrimoine drômois.

Une colline dans le Haut-Diois

Depuis 1970 et surtout depuis 2008, une butte de la Combe de Die, à la limite sud-ouest de l’ancien canton de Châtillon-en-Diois, est l’objet d’une observation de plus en plus précise de la flore comme de la faune. Nous sommes dans les Terres noires du callovien moyen, colline marneuse ici appelée « Serre », dont l’adret stérile est couvert d’une steppe à Stéhéline, Badasse et Aphyllanthe, tandis que l’ubac, jadis cultivé et pâturé, est aujourd’hui une prairie arborée menacée d’enrésinement. Au pied de la pente sèche, une chênaie spontanée fait la transition avec un bas-fond qui évolue depuis un demi-siècle en friche humide. La diversité des biotopes est d’autant plus remarquable que ce petit périmètre d’observation de quelques hectares revêt la configuration d’un îlot entre, d’un côté, une viticulture dominante et, de l’autre, une urbanisation villageoise de plus en plus vigoureuse.

Une découverte progressive

L’intention de cette chronique est de convier le lecteur non spécialiste à la progression, pas à pas, d’une découverte. Une découverte ouverte à tous les ordres de la nature sur un bout de territoire somme toute ordinaire, non spectaculaire, bien que traversé par des influences multiples. Le parti pris de l’unité de lieu et d’une observation au quotidien sur une longue durée est le garant d’une imprégnation globale, loin des thèmes à la mode et des programmes de laboratoire. Un lien est cependant entretenu avec « l’état de la science », comme en témoignent les notes et le glossaire attachés à chaque épisode de cette chronique. Sur un mode narratif volontiers « littéraire », mais très économe en mots en raison d’un module volontairement limité (6000 signes !), le corps du texte est accessible à tous. Il demande cependant une lecture attentive car les liens complexes entre tous les « acteurs » de la nature seront constamment rappelés (plus de 2000 espèces recensées dans le périmètre observé).

Une chronique à trois niveaux

Le jeu entre texte et illustration est évidemment essentiel. Extraites d’un corpus considérable réalisé in situ et in natura, les photos choisies (rarement plus de huit ou dix), ne peuvent montrer toutes les espèces évoquées, et moins encore toutes les manifestations de leur comportement. Avec leurs légendes, elles racontent tout de même une histoire parallèle à celle du texte. Le lecteur, en somme, pourra naviguer entre trois récits superposés, du plus immédiat (les photos) au plus savant (les notes et glossaire), en passant par les quatre « chapitres » du texte principal. Enfin, cette chronique étant conçue comme une suite didactique, censée initier le lecteur par paliers – ou champ par champ – à un morceau de nature, des renvois sont faits entre les épisodes qui s’échelonnent depuis 2011. Pour jalonner cette longue suite, tous les dix articles un « complément d’enquêtes » revient sur les sujets abordés pour les compléter ou les corriger.

L’ordinaire et le merveilleux

Tout au long de ces épisodes trimestriels, on se nourrira de la proximité du merveilleux et de l’ordinaire. L’ordinaire ? Sous nos pas et au-dessus de nos têtes, des fleurettes et des « petits oiseaux » que tout le monde aime voir sans toujours savoir les identifier. Et une foule de petites bêtes généralement peu appréciées (*). Pourtant chaque espèce, même la très décriée chenille processionnaire (par exemple) dont il faut circonscrire les pullulations, a sa part de merveilleux, bien au-delà de ce qui déclenche une admiration béate. Le merveilleux ? Pas seulement le mystère de la vie, insondable, ou la beauté, inexplicable, mais la diversité infinie des façons de se loger, se nourrir, se défendre, s’associer, se reproduire. Par-dessus tout, cet investissement intangible dans la perpétuation de l’espèce, quoi qu’il arrive… Du côté de l’observateur, un autre registre du merveilleux : l’émotion de la découverte et du suivi dans le temps, voire d’une connivence, parfois, avec un individu parmi la multitude. Rare.

Ph. H.
mars 2016

(*) Peu appréciées… sauf lorsqu’elles font défaut. La  prise de conscience récente de leur disparition – psychose médiatique ou salutaire sagesse – apporte un surcroît d’actualité à notre quête.

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