Association universitaire d'études drômoises
L'AUED est une association reconnue d'utilité publique qui édite Études drômoises, la revue du patrimoine de la Drôme

Marie-Jeanne Bordat, la mémé du Vercors

par AUED

par Jean Sauvageon

Études drômoises n° 54 (juin 2013)
pp. 16 et 17

Résumé d’après l’article

Marie-Jeanne Bordat est une de ces rebelles, on peut dire même une héroïne, que les maquisards du massif appelaient la « mémé du Vercors ».

Veuve, à 22 ans, elle se remarie avec Jules Bordat, un mutilé de cette même guerre dont l’état de santé nécessite un séjour en montagne. En 1934, ils décident de s’installer au col de Rousset, dans un vieux wagon acheté à Romans aux VFD (Voies ferrées départementales). Le wagon est transformé en bar, l’entreprise s’agrandit d’un petit chalet permettant de recevoir tous les clients de l’auberge.

1939, c’est à nouveau la guerre. Dès 1943, des camps de réfractaires s’installent sur le massif du Vercors. Ces jeunes ayant souffert des restrictions dans leurs foyers arrivent dans les maquis où les difficultés pour les nourrir sont immenses.

Mme Bordat qui connaît bien les paysans fait la tournée des exploitations agricoles pour récupérer le lait, le beurre, des animaux qui seront abattus.

Le Col de Rousset est une entrée dans le massif du Vercors. Aussi nombre de nouveaux venant du sud transitent par ce passage. La « mémé » est aussi la sentinelle, méfiante à l’égard des nouveaux venus. Elle monte parfois la garde alors que son mari exténué et les jeunes maquisards dorment.

Un épisode montre sa vigilance : une nuit, un « civil » se présente et demande des « trucs sur le maquis ». Moi, je dis que je ne sais rien, et puis je me fâche tout rouge et je lui dis : “Nom de Dieu, vous commencez à me faire ch…”. Elle pense même le « tirer au fusil ». Au premier maquis où il se présente, on a le même réflexe.
Le capitaine Grange arrive alors et se met au garde-à-vous devant le visiteur. C’est le général Zeller, dit Joseph, un des responsables de la Résistance pour la zone Sud.
Le 16 avril 1944, ce sont les miliciens et les GMR qui se présentent dans 5 cars venus de Lyon. Ils incendient le wagon et le chalet. « Où sont les maquis ? ».

Menacés, frappés, les Bordat sont gardés prisonniers trois semaines à Vassieux où un tribunal les condamne à mort. Ils s’en tirent d’extrême justesse. Après ces douloureux moments, les Bordat continuent comme ils peuvent, sans leur auberge, à ravitailler les maquis.

Le 21 juillet 1944, après l’attaque par planeurs, elle est gravement blessée par une balle qui lui brise le fémur. Elle se traîne, pendant 5 jours, pour rejoindre Saint-Julien-en-Quint.

Eugène Chavant, chef civil du Vercors, Compagnon de la Libération, atteste le 17 mai 1952 : « … Les époux Bordat se sont toujours distingué par leur cran, leur courage et leur dévouement à la cause de la Résistance. »

Après la guerre, la modeste maison est reconstruite, un peu agrandie avec quelques chambres et la « mémé du Vercors » a repris son rôle d’hôtesse, accueillant les skieurs d’après-guerre dans une station un peu plus importante.

Marie-Jeanne et Jules Bordat

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